Nous sommes à l’aube d’une ère multipolaire, marquée par une guerre économique qui risque de s’intensifier avec le retour potentiel de Donald Trump à la Maison Blanche. Pour nous, Africains, c’est un carrefour critique. C’est pourquoi, à la rentrée 2025, je publierai mon nouveau livre, « Les urgences de l’intelligence économique africaine », à la suite de la 8ème édition des Journées africaines de l’intelligence économique #JAIE2025. Il dresse un constat sans concession de notre situation et propose des solutions résolument disruptives pour y faire face, dans une posture asymétrique, celle du faible au fort.
L’Afrique, c’est un potentiel humain et des ressources naturelles dont on ne cesse de vanter les mérites. Pourtant, notre continent a trop longtemps été exposé aux dynamiques exogènes. Au Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique (CAVIE), nous sommes catégoriques : l’Afrique ne peut plus se permettre d’être un simple spectateur ou une arène pour les rivalités externes. Notre souveraineté, notre autonomie, la défense de nos intérêts vitaux, une gouvernance optimale, un développement durable et une compétitivité accrue exigent une rupture paradigmatique. Nous devons contribuer à l’émergence et à la consolidation d’une authentique intelligence économique africaine, par les Africains, au profit d’une Afrique compétitive et décomplexée. C’est le cœur de mon engagement et de mon travail depuis 15 ans.
L’intelligence économique : notre glaive et notre bouclier
L’intelligence économique, telle que nous la définissons au CAVIE, est bien plus qu’un concept. C’est un « état d’esprit, un dispositif et un processus coordonné de questionnement, de collecte, de traitement, d’analyse et de diffusion légaux, rapides et sécurisés du renseignement économique utile à la prise de décision en situation concurrentielle, incertaine ou hostile » (Gweth, 2015). Pour l’Afrique, cette discipline revêt une importance capitale. Il ne s’agit pas seulement de réagir aux menaces ; il s’agit de développer une capacité proactive à anticiper les évolutions, à identifier les opportunités et à influencer positivement notre environnement stratégique. C’est notre bouclier et notre boussole dans cette nouvelle ère mondiale.
Depuis la création du CAVIE en 2015, je n’ai cessé de marteler une vérité fondamentale : l’approche africaine de l’intelligence économique ne saurait être une simple transposition des modèles occidentaux ou asiatiques. Elle doit intrinsèquement intégrer les spécificités de notre continent : notre histoire complexe, nos défis de développement uniques, la nature de nos marchés, la richesse de nos cultures, nos aspirations à une intégration régionale renforcée et notre vision d’un multilatéralisme équilibré (comme le promeut l’Union Africaine à travers son Agenda 2063). Les enjeux sont multiples et je les aborde frontalement dans mon ouvrage : sécuriser nos chaînes d’approvisionnement face aux chocs globaux (World Trade Report 2023 de l’Organisation Mondiale du Commerce), contrer les flux financiers illicites qui minent nos économies (un constat alarmant de la Commission Économique pour l’Afrique en 2020), maîtriser les transferts de technologies et favoriser l’innovation endogène (un enjeu majeur pour la Banque Africaine de Développement en 2024), protéger nos ressources naturelles convoitées (comme le rappelle l’Organisation des Nations Unies pour l’Environnement en 2022), et bâtir une réputation internationale à la hauteur de notre potentiel (Brand Africa, 2024).
Les piliers d’une authentique intelligence économique africaine robuste
Dans « Les urgences de l’intelligence économique africaine » à paraître à la rentrée 2025, je détaille les piliers sur lesquels doit reposer cette perspective d’une intelligence économique et stratégique augmentée et authentiquement africaine.
Premièrement, nous devons développer des capacités humaines et institutionnelles endogènes. Cela passe par la formation d’experts qui assument pleinement leur autonomie et leur africanité, ainsi que la création de structures dédiées, car comme l’a si bien mis en lumière Ndongo Samba Sylla (2014), une expertise africaine est indispensable face aux enjeux de dépendance économique.
Deuxièmement, il est crucial d’établir des réseaux de coopération panafricains et des plateformes d’échange d’informations sécurisées, un appel que l’Union Africaine, à travers son Conseil de Paix et de Sécurité, formule régulièrement.
Troisièmement, l’intégration de l’intelligence économique augmentée dans les processus décisionnels à tous les niveaux de gouvernance est impérative. L’OCDE (2018) a déjà souligné l’importance de l’intégration des enjeux de sécurité dans les politiques économiques, et cela est d’autant plus vrai pour nous.
Quatrièmement, et c’est un point que le CAVIE a toujours mis en avant avec force et insistance, nous devons mobiliser le secteur privé et la société civile pour une appropriation collective des enjeux de compétitivité et de sécurité économiques. C’est une approche holistique et multipartite dont nous avons un besoin urgent.
Le livre sera solidement documenté, enrichi d’exemples concrets et de retours d’expériences que j’ai pu accumuler. Il s’attèle à démontrer qu’en relevant ces défis, l’Afrique peut transcender son rôle actuel et se positionner comme un acteur incontournable et influent dans le paysage mondial de l’intelligence économique et stratégique. C’est une urgence, non pas pour le plaisir de la théorisation, mais pour assurer notre souveraineté, notre développement et notre prospérité dans un monde de plus en plus travaillé par la guerre économique.
GG