Guy GWETH : « l’acteur de l’intelligence économique a devant lui deux cerbères »

Guy GWETH : « l’acteur de l’intelligence économique a devant lui deux cerbères »

Plus fantasmée que pratiquée sous les tropiques, l’intelligence économique peut constituer un piège pour un public non averti. Dans cette interview exclusive, la journaliste Mariam Maazouz de Maroc Diplomatique interroge le maître-praticien le plus écouté de la discipline sur le continent noir.

Qu’est-ce qui différencie un consultant en IE d’un enquêteur ou d’un journaliste d’investigation

Consultant en intelligence économique est un métier à large spectre qui mérite d’être clarifié en fonction des dossiers. Car la courbe qui sépare la collecte de l’information – par un enquêteur ou un journaliste d’investigation – de sa diffusion sécurisée, dans le cycle de renseignement, est peuplée de spécialistes de la veille, du traitement et de l’analyse. Dans cette dernière, vous trouverez des experts produits, process ou zones géographiques, etc. qui ne font pas le même métier. En définitive, ce qui distingue le consultant en IE de ses partenaires enquêteurs ou journalistes est l’obsession de la compétitivité et sa capacité à porter un regard à 360° sur les différentes situations y afférentes. Pour lui, la manifestation d’une vérité, fût-ce absolue, ou la découverte d’un angle mort longtemps resté caché aux yeux du public, ne seront utiles pour la mission et techniquement recevables par le client que si elles permettent à ce dernier d’anticiper, de minimiser les risques ou d’accroître ses gains ; en somme de gagner.

Quels peuvent être les travers, les côtés obscures du métier ?

Que ce soit dans un environnement de saine compétition ou dans un contexte de guérilla économique, voire de jungle, l’acteur de l’intelligence économique a devant lui deux Cerbères : la loi et l’éthique auxquelles nous ajoutons les bonnes pratiques professionnelles. D’un côté, vous avez l’endroit ; de l’autre, l’envers du décor fait de légendes, d’espionnage, de piratage, de désinformation, de manipulation, etc.

Quelles sont les pratiques abusives et comment reconnaître un vrai/bon cabinet d’IE d’un vrai/mauvais ?

Il y en a plusieurs. Je citerai les deux qui pèsent le plus sur l’activité en Afrique. Primo, la facturation des grands cabinets dont l’intelligence économique n’est pas le métier et qui pratiquent une sous-traitance à la limite honteuse à l’endroit de petits acteurs spécialisés sur le terrain africain, ceux qui prennent le plus de risques et le moins d’honoraires. Deuxio, les prestidigitateurs, qui ont toutes les apparences de cabinets compétents, surtout les éléments de langage, et qui font des victimes inattendues. Dans tous les cas, nous attirons l’attention des clients, médias, universitaires et opinion publique sur la nécessité d’exiger les références des cabinets auxquels ils s’adressent.

Est-ce que n’importe quelle personne curieuse et dotée d’un esprit d’analyse peut se lancer dans l’intelligence économique (IE) ?

Comme vous le savez peut-être, l’IE, telle que définie par le Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE), tient dans un triptyque : un état d’esprit, un processus et un dispositif de questionnement, de collecte, de traitement, d’analyse rapides et sécurisés de l’information utile à la prise de décision et environnement concurrentiel. L’esprit de curiosité et d’analyse auquel vous faites référence est donc un préalable indispensable à la pratique de l’IE. Mais il n’est pas suffisant. Il faut y ajouter des techniques, méthodes et outils appropriés en fonction du contexte, des délais d’exécution et du champ d’action de la mission. Face à la complexité sans cesse accrue des affaires, notre métier a plus que jamais besoin de multi-spécialistes.

Guy Gweth est le Président en exercice du Centre africain de veille et d’intelligence économique (CAVIE)

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